Carmen Lucini née à Madrid en pleine dictature, quitte le pays et part vers Paris à 17 ans. De mère catalane et de père d’origine italienne. Du côté maternel un grand-père parfumeur, des flacons et des arômes, des essences mises en bouteille. Du côté paternel des juristes et des grands-parents liés à l’opéra et à la création des décors monumentaux peints sur toile pour les représentations du grand répertoire classique.

 

ACTE I — Vive l’Europe

Rapprocher l’Industrie textile et la mémoire des Musées dans la fonction publique

Très jeune, elle montre des aptitudes exceptionnelles pour le dessin, elle figure entre les plus jeunes élèves admis à l’école de Beaux-Arts de Madrid en section peinture-sculpture. En attente d’un destin étroit comme un cercueil comme beaucoup de jeunes femmes de sa génération dans l’Espagne du moment. Une bourse du gouvernement français lui permet de continuer ses études au quai Malaquais à Paris sous la tutelle de Gino Silvestry. Dans l’atelier « Matières » elle développe une grande liberté des pratiques dans les arts plastiques et la sculpture. Docteur en pédagogie des arts avec la thèse « Le sens  du toucher, un sens oublié en occident ». Après une collaboration dans la création des tissus pour les voitures de la Régie Renault, elle se forme au design textile. Son intérêt pour le textile d’ameublement marquera son activité professionnelle et son goût de l’innovation pendant une décennie d’assiduité à la Biennale des éditeurs à Paris. De retour en Espagne, elle fonde le studio de tendances « Cortometraje ». Cette plateforme d’édition produira des collections originales pour l’architecture en petits métrages. De l’idée à la réalisation. Le studio récolte des nombreux prix internationaux. Elle fini ses études d’ingénieur textile et participe activement à la création du section design textile à la polytechnique de Madrid, véritable vivier d’une nouvelle génération de créateurs dans les années 80/90. A la tête d’un département universitaire pendant 12 ans, son activité principale est de rapprocher l’industrie et la mémoire des archives d’histoire industrielle en France et en Espagne.

 

ACTE II — Le costume sous toute les coutures

L’art de la Muséographie , la Bodythèque Historique© et les collections d’état

De retour à Paris première participation aux inventaires et études techniques au Musée des textiles de Lyon, Musée de Tarrassa, Musée de l’impression de Premià et Archives Fortuny. Cette rencontre avec l’histoire de l’art détermine l’orientation de sa vocation pour les patrimoines. Après des études d’histoire de l’Art et de Muséologie à l’école du Louvre, et de conservation préventive à la Sorbonne, inspirée et aspirée par l’idée de mémoire et de patrimoine, elle prend la voie de la recherche muséographique dans le but d’améliorer la vie des collections patrimoniales en France et en Europe. Après de longs séjours au Musée des Arts Décoratifs et Musée Galliera, elle accompagne les programmes muséographiques des grands musées ; Madrid, Tolède, Barcelona, Getaria, Londres, New York. Les programmes de formation et sensibilisation à la prévention avec l’ICCOM, L’ICRCROM, L’INP, le CIETA, les programmes de la CEE et de l’UNESCO. Toujours intéressée par le statut de l’objet, par l’importance de l’histoire de la construction des collections et de la plasticité des objets dans l’espace, elle complète sa formation scénographique et muséographique dans le but d’épurer au maximum la présentation de éléments tridimensionnels. En 1992 nait la Bodythèque Historique, une recherche morphologique au service des collections vestimentaires. Un ensemble de sculptures-matrices originales des hommes et de femmes de 1700 aux années 2000. Ces études sont encore aujourd’hui incontournables pour mettre en espace sans risque et dans les règles de l’art de la conservation les collections vestimentaires historiques. À la justesse téchnique il faut rajouter les valeurs artistiques de cette invention originale. Les bustes découpés à la forme de l’objet textile imitent l’intérieur des étoffes unies ou imprimées. Ce concept est source d’inspiration dans une grande partie des expositions des collections mode et textile depuis 1990.

 

ACTE III — La patrimonialisation de la Haute Couture

Innovation, imposture et l’art de la négociation dans les collections privées

Le costume devient objet de désir dans les collections militaires, des arts du spectacle, du costume ethnologique, du costume civil, et de la haute couture. Le costume témoin de l’évolution d’une société s’installe en feu d’artifice au musée. Un tournant institutionnel et privé important a lieu en Europe et aux USA. L’élan de montrer et de rendre visible des collections peu habituées à sortir de leur lieu de retraite s’accélère. Les nouveaux mécènes et producteurs dynamiques s’appellent Chanel, Dior, Vuitton, Hermès, Loewe, Gucci, Rabanne, Yamamoto, Alaïa, Armani, ou Valentino. Pour le bonheur des petits et grands, des modeux et des curieux, (un peu moins pour les historiens) une certaine idée de l’histoire de la mode s’installe dans les expositions longue durée et les salles temporaires. L’idée du corps et des volumes nécessaires à la représentation de l’humain deviennent moins présents. La mise en espace dans une ambiance « showroom » s’impose. Il est intéressant de voir les solutions innovatrices trouvées par l’équipe de Carmen Lucini Muséographie pour faire face à cet environnement entre le privé et le publique, ou les règles et les exigences de la conservation sont confrontées souvent aux exigences du commerce des marques. C’est le moment de transformer les archives en vraies collections. Argumenter, classer, détecter la ligne de conduite d’un ensemble, dessiner un lieu d’accueil, le rendre visible et accessible autrement. Les collections ne se visitent pas, seulement dans les salles. Réserves et espaces d’exposition forment une unité muséographique, pour cette agence. Des compromis face à l’imposture et un art avéré de la négociation, la discrétion et le savoir-patienter nous ont permis de profiter des mises en scène brillantes. Une équipe de plasticiens, historiens, documentalistes convaincus et déterminés à faire de la beauté et de l’art de la conservation en toute règle une vraie discipline pour le bienêtre de la culture, sous la direction, et le souffle d’une femme atypique : artiste, ingénieur, passionnée de mémoire et d’une justesse et une humilité rare.

Bonne visite et bon voyage au pays des étoffes.

CO, mars 2014

Photo : Azahara Gomez

Carmen Lucini nace en Madrid en plena dictadura. Se marcha hacia Paris a los 17 años. De madre catalana y de padre de origen italiano. Del lado materno un abuelo perfumista, frascos y aromas, esencias en botellas. Del lado paterno juristas, notarios y abuelos ligados a la Opera y la creacción de decorados monumentales pintados sobre tela al servicio de los tres actos del repertorio clàsico.

 

ACTO I — Viva Europa

Acercar la industria textil a la memoria de los Museos y a la función pública

Muy joven muestra aptitudes excepcionales para el dibujo, figura entre los mas jóvenes alumnos admitidos en la escuela de Bellas Artes de Madrid en la sección Pintura- escultura. La España del momento solo ofrecia a muchas jóvenes de su generación un destino estrecho como un ataúd. Una beca del gobierno Francés le va a permitir continuar sus estudios en la escuela de Bellas Artes du Quai Malaquais en Paris bajo la tutela de Gino Silvestry. El taller «Materias» propone una libertad de prácticas en artes plásticas entre pintura y escultura. Doctor en pedagogía de las artes con la tesis «El tacto , un sentido olvidado en occidente ». Después de una breve colaboración con el departamento de diseño de tapicerias de automobiles Renault, continua su formación en diseño textil. Su interés por los textiles destinados al mueble y la arquitectura marcan su actividad profesional y su gusto por la innovación teniendo como plataforma la bienal de los editores en Paris durante más de 10 temporadas. De vuelta a España, funda el estudio de tendencias «Cortometraje». esta plataforma de edición textil produce colecciones originales para la arquitectura en pequeños metrajes. De la idea a la realización el estudio recibe numerosos premios internacionales. Tras terminar sus estudios de ingeniero textil participa activamente en la creacción de la sección de diseño textil de la Universidad Politécnica de Madrid, vivero de una nueva generación de creadores en los años 80 /90. Responsable de un departamento universitario durante 12 años, centra de su actividad en promover las relaciones entre la industria y los archivos textiles históricos en Francia y España.

 

 

ACTO II — El traje entre costuras

El arte de la Museografía, la Bodyteca Histórica y las colecciones estatales

De vuelta a París participa en el inventario de los fondos textiles del Museo de Lyon, de Tarrassa, museo de impresión de Prémia, inventario de la Colección Fortuny. Este encuentro con la historia del arte determina su orientación hacia el patrimonio y la memoria. Tras sus estudios de Historia del arte y Museología en l’Ecole du Louvre y de Conservación Preventiva en la Sorbona, se concentra en la investigación museográfica con el objetivo de mejorar la vida de las colecciones patrimoniales en Francia y en Europa. Despues de largos periodos en el Museo de Artes Decorativas y en el Museo Galliera, aconseja y acompaña los programas museográficos de importantes museos de indumentaria en Madrid, Barcelona, Getaria, Toledo, Londres, Nueva York. Asi como programas de formación y sensibilización a la prevención a través del ICCOM, ICCROM, L’INP, le CIETA y los programas de la CEE y de l’UNESCO. Siempre interesada por el «status» del objeto, y por la importancia de la historia de las colecciones y de la plasticidad de los objetos en el espacio, completa su formación en escenografía y museografía con la inteción de depurar al máximo la presentación de los elementos tridimensionales. En 1992 nace la Bodyteca Histórica, una investigación morfológica al servicio de las colleciones de indumentaria. Un conjunto de esculturas-matrices originales de hombres y mujeres desde 1.700 al año 2.000. Estos estudios son hoy esenciales en el momento de poner en espacio, sin riesgo y siguiendo las reglas del arte de la conservación de indumentaria histórica. Esta invención original présenta el valor añadido de ser precisa, exaustiva y justa en terminos técnicos y extremadamente creativa desde un punto de vista artistico. Los bustos recortados a la forma del vestido imitan en su interior colores lisos o estampados. Este concepto se ha convertido en fuente de inspiración en una gran parte de las exposiciones de moda y textil desde 1990.

 

ACTO III — La Patrimonialización de la Alta Costura

Innovación, impostura y arte de la negociación en las colecciones privadas

El traje se convierte en objeto de deseo en las colecciones militares, artes del espectáculo, traje etnológico, traje civil y en particular en alta costura. El traje, testigo de la evolución de una sociedad se instala en el museo acompañado de fuegos de artificio. Un giro importante tiene lugar en Europa y en USA. El impulso de mostrar es imparable y las colecciones poco acostumbradas a salir de su almacén o de su lugar de jubilación se exponen con regularidad. Los nuevos mecenas e impulsores de productos culturales dinámicos se llaman Chanel, Dior, Vuiton, Hermés, Loewe, Gucci, Rabanne, Yamamoto, Alaïa, Armani, o Valentino. Para alegría de pequeños y grandes, de fasionistas y curiosos (algo menos para los historiadores) une cierta idea de historia de la moda se instala en las exposiciones de larga duración y salas temporales. La idea del cuerpo y de los volumenes necesarios a la representación de lo humano se hace menos presentes. Se impone la puesta en espacio en un ambiente de «show-room». Resulta interesante ver las soluciones inovadoras propuestas por el equipo Carmen Lucini Museografia para hacer frente a este nuevo entorno entre lo privado y lo público, en el que las reglas y las exigencias de la conservación se encuentran dirigidas por una cierta idea del comercio de marcas. Es el momento de transformar los archivos en verdaderas colecciones. Argumentar, clasificar, definir la linea de conducta, a seguir, dibujar un lugar de acojida, hacerlo visible y accessible de forma diferente. Las colecciones no se visitan solo en las salas de exposición. Almacenes y espacios de exposición forman una unidad museográfica que esta agencia defiende y desarrolla de forma consciente. Compromisos firmes frente a la impostura y arte particular de la negociación, de la discrección y del saber esperar, nos han permitido disfrutar de puestas en escena brillantes. Un equipo de artistas plásticos, historiadores, documentalistas convencidos y adiestrados para construir belleza y a hacer de la de la disciplina de la conservación, arte y bienestar cultural, bajo la dirección y el estimulo de una mujer atípica : artista, ingeniera, apasionada de memoria. De una fineza y humildad poco frecuentes. Buene viaje y buena visita al pais de los tejidos. 

CO, marzo 2014